jeudi 13 septembre 2007

Révélation$


Cette histoire peut paraître extraordinaire. Elle l'est. Un homme du sérail, qui connaît les us et les coutumes du village financier, raconte, de l'intérieur, l'histoire secrète d'une association de banques née en 1971 et devenue en moins de trente ans un véritable monstre financier.
Notre homme a été le Numéro trois de cette société, chargée de faire transiter des fonds et des valeurs sur toute la planète. Depuis le Luxembourg les ordinateurs de cette firme brassent des trillions de dollars et d'euros (compter douze zéros après l'unité).
L'enquête de Denis Robert nous conduit là où personne n'a jamais pu pénétrer : dans les coulisses de la finance internationale. Sur les pas d'Ernest Backes, l'insider (le témoin de l'intérieur), nous découvrons avec effroi des activités inavouables : dissimulations de compte au nom des institutions les plus honorables, complicité avec des banques mafieuses, ramifications innombrables avec affaires existantes en France et ailleurs, circuits de blanchiment de narcodollars ou paiement de rançons...
Pas une page ou presque sans révélations.
Dans le no man's land de la faxmoney, il existait un point aveugle, un centre névralgique où des millions de transactions étaient enregistrées et archivées. C'était un secret jalousement gardé. Le système avait tout prévu.

Sauf ce livre.

Révolte.com


"Il faut multiplier les tentatives visant à gripper la machine à fabriquer du consentement. Il faut fabriquer des grains de poudre microscopiques mais purs ayant la solidité du diamant. Il faut les jeter dans la machine. Il faut faire en sorte que les petits trucs s'agglutinent entre eux.. Il faut ressortir de la cave des mots anciens des mots vermoulus des mots comme "révolte" "révolution" rêve" "jours meilleurs" même si on y croit pas vraiment. Le tout consiste pour l'instant à les sortir à les dépoussiérer sommairement. À les regarder vivre. Et à voir ce que ça donne".

Le couperet


Burke Devore, cadre supérieur au chômage, décide d'appliquer la méthode dans son propre intérêt. Déterminé à retrouver son statut social et à recréer des liens familiaux qui se désagrègent, il bascule dans la logique absurde de la loi du plus fort. Il est prêt à tout, même à tuer, pour retrouver sa place dans la société. Et qu'on ne s'avise pas de lui demander des comptes car il ne fait qu'appliquer la logique du système !

Et un film de Costa-Gavras, à voir absolument aussi.


"Pour la social-démocratie, lutter à l’intérieur même du système existant, jour après jour, pour les réformes, pour l’amélioration de la situation des travailleurs, pour des institutions démocratiques, c’est la seule manière d'engager la lutte de classe prolétarienne et de s’orienter vers le but final, c’est-à-dire de travailler à conquérir le pouvoir politique et à abolir le système du salaire. Entre la réforme sociale et la révolution, la social-démocratie voit un lien indissoluble : la lutte pour la réforme étant le moyen, et la révolution sociale le but."

Il est bon de noter que "social-démocratie" signifie dans ce contexte "socialisme révolutionnaire". Rien à voir donc avec les nabots réformards qui s'en réclament maintenant...


Vous pouvez lire le texte en intégralité et le télécharger
ici.




Extrait de la préface :

"L'histoire d'une révolution, comme toute histoire, doit, avant tout, relater ce qui s'est passé et dire comment. Mais cela ne suffit pas. D'après le récit même, il faut qu'on voie nettement pourquoi les choses se sont passées ainsi et non autrement. Les événements ne sauraient être considérés comme un enchaînement d'aventures, ni insérés, les uns après les autres, sur le fil d'une morale préconçue, ils doivent se conformer à leur propre loi rationnelle. C'est dans la découverte de cette loi intime que l'auteur voit sa tâche.

Le trait le plus incontestable de la Révolution, c'est l'intervention directe des masses dans les événements historiques. D'ordinaire, l'État, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l'histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l'arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. Qu'il en soit bien ou mal, aux moralistes d'en juger. Quant à nous, nous prenons les faits tels qu'ils se présentent, dans leur développement objectif. L'histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d'une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées."


Insoumis et militant antifasciste viscéral, mêlé à des guérillas en Amérique du Sud, il mènera une vie extrêmement agitée qui le conduira en France à la délinquance. Mêlé à une sombre affaire de meurtre en 1969, il sera condamné à la perpétuité par suite d’un procès bâclé en 1974. A la suite d’une campagne d’opinion (illustrée notamment par une célèbre chanson de Maxime Leforestier, La vie d’un homme), il fut rejugé en 1976 et reconnu innocent, mais bientôt assassiné en 1979 par un groupe d’extrême-droite bien mal nommé Honneur de la Police. L’affaire n’a jamais été élucidée.

Le Cramé par excellence...Tragique, au sens classique du terme.



Le nouveau Narcisse moderne est "hanté, non par la culpabilité mais par l'anxiété. Il ne cherche pas à imposer ses propres certitudes aux autres ; il cherche un sens à sa vie. Libéré des superstitions du passé, il en arrive à douter de la réalité de sa propre existence. Superficiellement détendu et tolérant, il montre peu de goût pour les dogmes de pureté raciale ou ethniques ; mais il se trouve également privé de la sécurité que donne la loyauté du groupe et se sent en compétition avec tout le monde", et qui "vit dans un état de désir inquiet et perpétuellement inassouvi".

Un portrait de l'être social contemporain qui permet de reconsidérer bien des choses...Allez, un autre extrait :

"l'aptitude qu'ont les riches et les puissants à identifier leur domination à de grands principes moraux, ce qui a pour effet de transformer toute remise en question en crime, non seulement contre l'État, mais contre l'humanité elle-même. Les classes dirigeantes ont toujours cherché à ce que les individus qui leur sont subordonnés se sentent coupables, personnellement, de leur exploitation et de leur privations matérielles, tout en se persuadant elles-mêmes de ce que leurs propres intérêts coïncident avec ceux du genre humain".

Rhalala que c'est vrai... Indispensable, évidemment.

Révolte consommée


"Dans ce livre, nous avançons l'idée que si des décennies de rébellion contre-culturelle n'ont rien changé, c'est parce que la théorie de la société sur laquelle repose l'idée contre-culturelle est fausse. Nous ne vivons pas dans la Matrice, ni dans le Spectacle. En fait, le monde où nous vivons est beaucoup plus prosaïque. (...) On ne peut pas brouiller la culture, parce que la "culture" et le "système" n'existent pas. (...) Dans ce genre de monde, la rébellion contre-culturelle n'est pas seulement inutile, elle est carrément contre-productive. Elle détourne une part de l'énergie et des efforts qui pourraient être consacrés à des initiatives permettant d'améliorer concrètement la vie des gens, mais elle encourage aussi le mépris systématique à l'égard de ces changements progressifs. Selon la théorie contre-culturelle, le "système" ne fait régner l'ordre que par la répression individuelle. En soi, le plaisir est anarchique, indiscipliné, délirant. Pour contrôler les travailleurs, le système doit créer des besoins manufacturés et des désirs de masse, qui peuvent à leur tour être satisfaits dans le cadre de l'ordre technocratique. L'ordre est réalisé, mais au prix de la promotion du malheur, de l'aliénation et de la névrose généralisée. La solution consiste donc en la réappropriation de notre capacité de plaisir spontané - par la perversité polymorphe, ou l'art-performance, ou le primitivisme moderne, ou les drogues psychotropes, ou tout ce qui peut vous allumer. Selon l'analyse contre-culturelle, le plaisir en soi doit être considéré comme l'acte de subversion ultime. L'hédonisme est considéré comme une doctrine révolutionnaire. Faut-il s'étonner que ce genre de rébellion contre-culturelle ait revigoré le capitalisme de consommation? Il est temps de revenir sur terre! Le plaisir n'est nullement subversif et n'ébranle aucun système. En fait, avec l'hédonisme généralisé, il devient plus difficile d'organiser des mouvements sociaux, et encore plus ardu de persuader quelqu'un de faire un sacrifice au nom de la justice sociale. Selon nous, la gauche progressiste doit dissocier sa préoccupation à l'égard de la justice sociale de la critique contre-culturelle - et se défaire de celle-ci tout en continuant de poursuivre celle-là. Du point de vue de la justice sociale, les progrès majeurs de notre société au cours du dernier demi-siècle (...) n'ont pas été réalisés en "débranchant" les gens du réseau d'illusions qui gouverne leur vie, mais plutôt grâce au laborieux processus de l'action politique démocratique - grâce aux gens qui ont proposé des argumentations, mené des études, rassemblé des coalitions et adopté des changements par voie législative. Nous aimerions en voir davantage. C'est peut-être moins amusant, mais potentiellement beaucoup plus utile."


Au cours des grandes journées d'octobre 1917, John Reed a parcouru en toute liberté la « Capitale Rouge », recueilli les analyses des principaux acteurs politiques, et écouté le peuple de Petrograd dans les cercles qui se formaient, dès l'aube, sur les places publiques, à la porte des boulangeries, à l'intérieur des casernes. De retour aux États-Unis, il rassembla dans ce livre l'essentiel de ses observations et revécut, dans l'urgence, cette « aventure » humaine dont il apparaît toujours, aujourd'hui, comme l'un des témoins les plus proches.


Marx dans la Pléiade : trop la classe dans ta bibliothèque. Et y'a tout, en plus. Ça a l'air d'être du lourd ? Oui et non. Disons que si on veut se faire une idée précise de la pensée de Marx, c'est peut-être la meilleure introduction.

Ma vie


Extrait de l'avant-propos :

Comme, dans ces pages, on verra défiler un bon nombre d'hommes sous une tout autre lumière que celle qu'ils auraient choisie pour eux-mêmes ou pour leur parti, ils seront plus d'un à déclarer que mon exposé manque de l'objectivité indispensable. Déjà, la publication de fragments de cet ouvrage dans la presse périodique a provoqué certaines réfutations. C'était inévitable. On peut être sûr que si même j'avais réussi à ne faire de cette autobiographie qu'un simple daguerréotype de ma vie -ce que je n'ai pas cherché du tout- le résultat n'en aurait pas moins réveillé des échos des controverses que suscitèrent les conflits racontés ici. Mais ce livre n'est pas une impassible photographie de mon existence; c'en est une partie composante. Dans ces pages, je poursuis la lutte à laquelle toute ma vie est consacrée. Tout en exposant, je caractérise et j'apprécie; en racontant, je me défends et, plus souvent encore, j'attaque. Et je pense que c'est là le seul moyen de rendre une biographie objective dans un certain sens plus élevé, c'est-à-dire d'en faire l'expression la plus adéquate de la personnalité, des conditions et de l'époque.

L'objectivité n'est pas dans la feinte indifférence avec laquelle une hypocrisie confirmée traite des amis et des adversaires, suggérant indirectement au lecteur ce qu'il serait incommode de lui dire tout net. Pareille objectivité n'est qu'une rouerie mondaine, rien de plus. Je n'en ai pas besoin. Dès lors que je me suis soumis à la nécessité de parler de moi -et l'on n'a pas encore vu d'autobiographie dont l'auteur aurait réussi à ne pas parler de lui- je ne puis avoir aucun motif de dissimuler mes sympathies ou mes antipathies, mes affections ou mes haines.


Extrait...

"Les années avaient profondément transformé le Komintern. L'avant-garde révolutionnaire n'était plus maintenant qu'une dague empoisonnée dans les mains de Staline.
Parfois, me maudissant de ma lâcheté, à croire que je voulais encore ranimer la flamme de ma foi, je me repassais divers épisodes de ma vie militante. A dix-huit ans, j'avais eu l'impression d'être un géant ; à vingt et un, c'était encore plus simple : il suffisait de lancer des grenades à la gueule de la contre-révolution ; à vingt-deux, j'avais fait le tour du monde au service du Komintern - maigre, affamé, féroce - et j'en étais fier ; à vingt-neuf, les polices d'une demi-douzaine de pays européens me recherchaient en tant que principal agitateur des Fronts de mer du Komintern. A trente et un, j'oeuvrais à transformer les prisons hitlériennes en écoles du prolétariat internationaliste. Et maintenant, à trente-trois ans, je me posais cette question : "Tout cela n'a-t-il jamais été que mensonge, imposture, et utopie sanglante ?"
Aucun homme ne peut se débarrasser de son passé."


La guerre d'Espagne à laquelle Orwell participa en 1937 marque un point décisif de la trajectoire du grand écrivain anglais. Engagé dans les milices du Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (POUM), le futur auteur de 1984 connaît la Catalogne au moment où le souffle révolutionnaire abolit toutes les barrières de classe. La mise hors la loi du POUM par les communistes lui fait prendre en horreur le "jeu politique" des méthodes staliniennes qui exigeait le sacrifice de l'honneur au souci de l'efficacité. Son témoignage au travers de pages parfois lyriques et toujours bouleversantes a l'accent même de la vérité. À la fois reportage et réflexion, ce livre reste, aujourd'hui comme hier, un véritable bréviaire de liberté.

Et on oublie toujours de dire qu'Orwell fût très proche des trotskystes de son temps...Ils le savent, les abrutis de droite qui citent "1984" à tort et à travers ? Non, hein ?


lundi 10 septembre 2007


"Passions sans vérité, vérités sans passion ; héros sans héroïsme, histoire sans événements ; développement dont la seule force motrice semble être le calendrier, fatigant par la répétition constante des mêmes tensions et des mêmes détentes ; antagonismes qui ne semblent s'aiguiser périodiquement d'eux-mêmes que pour pouvoir s'émousser et s'écrouler sans se résoudre ; efforts prétentieusement étalés et craintes bourgeoises devant le danger de la fin de monde, et, en même temps, de la part des sauveurs du monde, les intrigues et les comédies de cours les plus mesquines dont le laisser-aller rappelle moins l'époque actuelle que les temps de la Fronde ; tout le génie officiel de la France condamné au néant par l'imbécillité astucieuse d'un seul individu, la volonté de la nation, chaque fois qu'elle se manifeste dans le suffrage universel, cherchant son expression adéquate chez les ennemis invétérés des intérêts des masses, jusqu'à ce qu'elle la trouve enfin dans la volonté obstinée d'un flibustier. Si jamais période historique fut peinte en grisaille, c'est bien celle-ci."

Tiens, c'est amusant, ça rappelle quelque chose...
Vous pouvez le lire et le télécharger ici.



« Vous êtes saisis d'horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C'est précisément parce qu'elle n'existe pas pour ces neuf dixièmes qu'elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu'à la condition que l'immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c'est bien ce que nous voulons ».

Que dire ? L'incunable par excellence... Vous pourrez le lire en intégralité et le télécharger ici.

dimanche 9 septembre 2007

La bombe / Culloden


Et si une bombe atomique tombait sur une grande métropole occidentale ? C'est ce que montre ce faux documentaire initialement réalisé pour la BBC anglaise, qui refusa de le diffuser après l'avoir vu. Et quelque part, on les comprends...Toute l'horreur de la folie nucléaire et ses conséquences montrées à cru, brut de décoffrage, dans un style nerveux et percutant, qui n'est toute fois là que pour servir le propos, radical : voilà ce qu'on vécu les habitants de Hiroshima ou de Dresde, voilà ce qui peut nous arriver...
Ça ne dure que 48 minutes ; ça vous poursuivra pendant bien plus longtemps...

Culloden raconte l'histoire d'une bataille écossaise en 1746 où les régiments d'élite anglais écrasèrent les highlanders. Critique féroce de l'organisation clanique, où le chef de clan peut enrôler de force ses sujets dans des boucheries auxquelles ils ne comprennent rien, c'est également une dénonciation virulente des politiques de "pacification" employées par les armées en territoire étranger. Au même moment, l'US army "pacifiait" le Viet-Nam...
L'originalité de Watkins a consisté à filmer cet épisode historique comme un docu-télé caméra à l'épaule : on interviewe les combattants, on commente ce qui se passe, et ce style donne une intensité et un réalisme inouï au film. La technique sera reprise pour Punishment Park et La Commune.

Punishment Park


Fable politique inspirée par l'application du McCarren Act, une loi d'exception votée en 1970 à la faveur d'une aggravation du conflit au Nord-Vietnam, autorisant à placer en détention "toute personne susceptible de porter atteinte à la sécurité intérieure". Dans une zone désertique du sud de la Californie, un groupe de condamnés est amené, contre la promesse de leur libération, à traverser le désert à pied, sans eau ni nourriture, pour atteindre le drapeau américain sans être capturés par les forces spéciales armées et motorisées lancées à leur poursuite.

Alors là, aaaattention : chef d'oeuvre ! Majeur ! Incontournable ! Tu le vois une fois, ta vie elle est changée après ! De plus, il est visible sur Dailymotion en VO sous-titrée : c'est pas formidable, ça ?

On commence
Ici
(Après, il n'y aqu'à cliquer sur le lien suivant, au dessous pour voir le reste. C'est merveilleux).


Comment se met en place un discours médiatico-politique dans une nation prospère, impérialiste et jalouse de sa prééminence sur la scène internationale ? Qui désigne les ennemis d'un peuple et décide des guerres justes que celui-ci doit mener? Comment l'imaginaire collectif distingue les bonnes victimes des mauvaises ? Quel rôle joue les institutions, les lobbies, les multinationales et le fameux « quatrième pouvoir » dans la fabrication d'une opinion publique ? Disséquant le discours médiatique sur la politique américaine des quarante dernières années, Noam Chomsky et Edward S. Herman livrent une analyse sans concession du système d'information aux États-Unis.

Critique par Serge Halimi :

"
Pour les lecteurs qui tâtonnent entre tous les ouvrages de Chomsky qu’on publie en français depuis cinq ans, c’est le livre à lire. Il réduit à néant le propos, plus ignorant que malveillant, de ceux qui imputent à Chomsky une « théorie du complot ». Car le « modèle de propagande » de Chomsky et Herman n’est ni immuable ni monolithique, le champ des médias dominants pouvant s’accommoder de divergences marginales. Au demeurant, les auteurs, même s’ils infligent un sort particulier au New York Times, s’appuient sur une documentation impressionnante pour fonder leur analyse croisée de cas souvent anciens : Timor et le Cambodge, les élections au Salvador et au Nicaragua, l’assassinat du prêtre Jerzy Popielusko et celui de l’archevêque Oscar Romero. Leur recherche établit que les élections semblent toujours plus honnêtes et les meurtres moins intéressants quand ils se produisent dans un pays ami des Etats-Unis... même si la fraude y est en réalité plus massive et le nombre des victimes plus important. Est-ce à cause d’un « irrésistible besoin de penser du bien de l’Amérique et de nous-mêmes » ? Ou parce que « la plupart des préjugés médiatiques ont pour cause la présélection d’un personnel bien-pensant qui intériorise des idées préconçues et s’adapte aux contraintes exercées par les propriétaires, le marché et le pouvoir politique » ? L’un n’empêche pas l’autre."


Cet ouvrage lève le voile sur la véritable histoire de l'extrême gauche trotskiste depuis l'exil de Trotski, en 1929. Six années d'enquête, des centaines de documents, des témoignages inédits pour décrire une incroyable aventure humaine, avec ses drames, ses trahisons, ses coups de théâtre et ses personnages hauts en couleur. Ce livre permet enfin de mieux comprendre les divisions du mouvement trotskiste, ta façon dont ses membres ont pratiqué l'entrisme, par exempte, en France, au PS, au PC, au PSU, à FO ou encore dans la franc-maçonnerie. Frédéric Charpier démontre en quoi les trotskistes, contrairement à certaines idées reçues, ont bien été des acteurs de l'Histoire. Beaucoup ont été arrêtés, torturés, déportés ou fusillés sous l'Occupation, d'autres exécutés par les tueurs de Staline. Déchirés par des querelles internes, ils ont néanmoins participé à tous tes combats de l'après-guerre, auprès de Tito et du FLN algérien, à Paris en 1968, dans tes guérillas sud-américaines, et sont aujourd'hui à ta tête des mouvements antimondiatisation. Une histoire inédite du trotskisme qui reprend de manière chronologique tous tes épisodes de l'aventure de l'extrême gauche jusqu'à nos jours.

Bêtes et méchants


Depuis la reconstruction de l’extrême droite française aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, les jeunes fascistes n’ont cessé, malgré leur faible audience et leur manque d’implantation dans la société de s’agiter ; de tenter de propager leurs idées nauséabondes et de nuire à certaines franges de la population.
Ces groupes, organisations et partis dont nous retraçons l’histoire se réclament pour la plupart du fascisme. L’appellation jeune, si elle tient en partie à l’âge de leurs membres renvoie plutôt à une forme de pratique politique.
L’apologie de la violence libératrice, la radicalité du discours allant jusqu’à l’apologie du nazisme, l’activisme effréné comme mode de vie, le fonctionnement par bandes affinitaires, les provocations permanentes, l’absence de réflexion théorique, la mystification de certaines périodes de l’Histoire, un anticommunisme délirant et un goût immodéré pour la " baston " en constituent les principales caractéristiques.


Ils sont ou ont été ministres ; ils sont chefs de partis, fonctionnaires ou députés, ils appartiennent aux cabinets ministériels ou à celui du président de la République, règnent sur la communication ou les médias. Dans les années 60 et 70, ils ont appartenu à des groupes d'extrême droite comme Jeune Nation, Occident, Ordre nouveau : Alain Madelin, Patrick Devedjian, Alain Robert, Claude Gloasgen, Gérard Longuet, Anne Meaux et beaucoup d'autres ont fait partie de cette génération Occident. Pourquoi et comment ont-ils rejoint l'extrême droite, qu'y ont-ils fait ? Après une longue, minutieuse et difficile enquête de plusieurs années, Frédéric Charpier raconte la saga de cette génération. Dressant la généalogie du mouvement, il met en lumière le rôle crucial de la puissante Fédération des étudiants nationalistes, matrice de bien des groupuscules extrémistes et pépinière de futurs hommes de presse et de pouvoir. Quarante ans après, l'auteur dévoile les querelles du mouvement Occident, l'étroite surveillance policière dont il est l'objet, mais aussi sa sociologie et son fonctionnement en " bande ". Comment se sont recyclés et reclassés les anciens d'Occident ? Que leur reste-t-il de cet engagement extrémiste ? Grâce aux témoignages inédits d'ex-militants et à des archives et des documents confidentiels, Frédéric Charpier fait revivre quatre décennies d'histoire souterraine pendant lesquelles surgissent des femmes et des hommes aujourd'hui au pouvoir.


La période qui suit Mai 68 a permis à un groupe de militants se réclamant du trotskysme de sortir de la confidentialité. Sans négliger les témoignages des militants, mais en s'appuyant sur les publications et les textes internes de la LCR, sur les rapports des officiers des renseignements généraux, ce livre étudie les efforts de ce groupe pour s'implanter dans la société française.
Ces militants apparaissent tout d'abord plus guévaristes que trotskystes. Mais la dissolution de la LC, le 21 juin 1973, semble mettre un terme aux tentations militaristes. Les pratiques politiques classiques l'emportent : participation aux élections, intervention dans les syndicats ouvriers. Les nouveaux secteurs de radicalisation ne sont pas oubliés : appelés du contingent, homosexuels, femmes, etc., avec des conséquences en retour sur les militants. Le petit parti se dote d'une infrastructure matérielle et augmente le nombre de ses permanents. Il tente aussi d'organiser le débat en son sein, par le biais dés tendances.
Dans quelle mesure ces militants sont-ils restés fidèles au communisme originel dont ils se réclamaient ? Finalement la tentative de créer une organisation puissante sur des bases anciennes - le bolchevisme - a échoué. Mais de nombreux jeunes ont participé à cette aventure, la Ligue aura été un lieu d'apprentissage, de socialisation pour cette fraction de la génération de 1968.


« Ce livre n'a d'autre ambition que d'aider à comprendre un itinéraire politique, après le désastre du stalinisme, à l'époque de l'apothéose marchande, lorsque les hiéroglyphes de la modernité livrent leurs secrets au grand jour. »
Philosophe et militant de la Ligue communiste, Daniel Bensaïd revient sur un parcours où l'individuel et le collectif interfèrent sans cesse. Alternant le « je » et le « nous », les souvenirs singuliers et les expériences partagées, il inscrit sa trajectoire personnelle, assumée sans complaisance, dans une histoire politique qui commence au milieu des années 1960.
Des années de formation toulousaines dans le bistro familial où l'on « chantait rouge » à la fondation des Jeunesses communistes révolutionnaires, des débats de l'ENS de Saint-Cloud aux meetings de Nanterre, de « l'affaire non classée » de 1968 à l'expérience douloureuse des luttes en Argentine, de la relecture de Marx à la piste « marrane », des combats d'hier à ceux d'aujourd'hui, il raconte une révolte obstinée qui a dû apprendre la durée.
Une lente impatience, tendue entre action et réflexion, qui se révèle aussi dans le plaisir d'une écriture vive.

L'orchestre rouge


Désormais légendaire, l'Orchestre Rouge fut le réseau de renseignement le plus important et le plus efficace de la deuxième Guerre Mondiale.
Implanté au coeur même de l'Empire nazi, tissant sa toile sur toute l'Europe occupée, il a joué un rôle décisif dans la défaite allemande. Plusieurs dizaines de ses membres furent décapités, fusillés ou pendus, mais leur action, selon l'Amiral Canaris, chef du contre espionnage de la Wehrmacht, a coûté à l'Allemagne la vie de deux cent mille de ses soldats.
A la tête du réseau, un homme exceptionnel, Leopold Trepper. On l'appelait le Grand Chef. Juif polonais, militant révolutionnaire depuis son adolescence, il sut réunir et inspirer une élite d'hommes et de femmes prête à tous les sacrifices pour abattre l'ennemi nazi.
Averti des succès pour lui catastrophique de l'Orchestre Rouge, Hitler rassembla les meilleurs agents de la Gestapo au sein du Kommando Rote Kapelle, qui reçut mission de détruire à tout prix l'organisation du Grand Chef. « Nettoyez moi cette pourriture juive à l'Ouest! » ordonna de son côté Himmler, chef des S S.
Au terme d'une traque de trois ans à travers l'Europe, Gilles Perrault a retrouvé les survivants de cette dramatique guerre secrète, qu'ils soient anciens du réseau ou de la Gestapo. Passionnant récit d'espionnage, document historique indispensable à la compréhension du deuxième conflit mondial, ce livre est aussi le roman vrai de personnages hors du commun.
Publié pour la première fois en 1967, L'Orchestre Rouge fut traduit en dix neuf langues et connut un succès international. De nombreux cinéastes voulurent le porter à l'écran. C'est finalement Jacques Rouffio qui en a réalisé l'adaptation, avec Claude Brasseur dans le rôle du Grand Chef.
Cette édition, revue et augmentée, intègre tous les témoignages et documents rassemblés au cours des vingt dernières années.

Les trotskysmes


“ Comment rester ‘révolutionnaire sans révolution' ? ” C'est à travers cette question que Daniel Bensaïd appréhende l' “histoire tumultueuse des trotskysmes” dans son dernier livre publié dans une collection grand public à vocation encyclopédique, la collection Que sais-je ?. Dirigeant et théoricien de la LCR et de la IVe Internationale, Daniel Bensaïd assume pleinement une “ part de subjectivité ” et ne prétend nullement avoir rédigé “ une thèse savante sur les trotskysmes ”. “ Il s'agit plus modestement, revendique-t-il, de proposer un éclairage et de donner sens aux controverses politiques et théoriques jalonnant cette histoire tourmentée.” à la différence de la kyrielle d'ouvrages parus récemment sur les trotskystes, Daniel Bensaïd ne relate pas une histoire désincarnée où prévalent les luttes de personnes, une histoire tapageuse où les révélations sensationnelles remplacent l'analyse. Il ne présente pas plus une histoire héroïque, gommant tout ce qui pourrait écorner l'image des héritiers de Trotsky. Daniel Bensaïd restitue, au contraire, le combat difficile d'une poignée de révolutionnaires pris dans les turbulences de ce “ court XXe Siècle ”, cherchant coûte que coûte à sortir de la marginalité dans laquelle le poids du stalinisme les a enfermés après la Seconde Guerre mondiale."

Critique de l'ouvrage ici.

Le marxisme


Il y a un siècle et demi, Karl Marx - peu avant la révolution de 1848, et en rapport étroit avec la fermentation révolutionnaire de l'Europe - aperçut, au départ dans l'indifférence générale, les grandes lignes de ce vaste ensemble théorique qui devait porter le nom de marxisme. Dès que l'influence et le rayonnement du marxisme commencèrent à s'imposer, les interprétations plus ou moins erronées et autres exégèses de son ouvre se multiplièrent En partant de l'œuvre de l'auteur du Capital, Henri Lefebvre, dans cette introduction lue par des générations d'étudiants, expose la " conception du monde " développée par Marx, conception philosophique, morale, sociologique, historique, économique et politique qui a profondément marqué le monde contemporain.

IN-DIS-PEN-SABLE !

"Le marxisme", par Henri Lefebvre, Que sais-je ? N° 300


Exposé du monde social étroitement inspiré des analyses bourdieusiennes et reprenant en substance l’appareil conceptuel qu’elles proposent, ce livre peut être regardé comme une utile introduction à la lecture des travaux de Pierre Bourdieu. On y trouve ainsi exposées la conception des champs sociaux, de l’habitus, l’articulation des intérêts et de la légitimité, l’organisation des classes sociales, etc.
Mais la restitution de cette œuvre scientifique complexe et puissante, que l’auteur s’est appropriée au fur et à mesure de son édification, constitue également un appel à la réflexivité et à l’auto-socioanalyse: parce que les murailles qui sont en nous comme celles qui se dressent devant nous ne forment qu’une seule et même forteresse, celle de l’ordre établi.
Conçu par un sociologue resté profondément fidèle à l’esprit d’une science qui s’est souvent donné comme finalité de mieux comprendre pour mieux combattre, ce livre veut contribuer à enrichir l’arsenal théorique de ceux qui attendent aussi de la sociologie des armes pour la critique sociale.

Appuyé sur plusieurs décennies de pratique de la sociologie aux côtés de Pierre Bourdieu, ce livre constitue la réédition, revue et actualisée, d’un classique paru pour la première fois en 1997 aux éditions du Mascaret.


Que faire pour enrayer l’involution mortifère qui détruit matériellement et spirituellement notre planète et qui, telle une immense marée noire dont la montée implacable rend dérisoires les dispositifs visant à l’endiguer, vient submerger de sa boue gluante les choses et les âmes ? Que faire pour enrayer un mécanisme qui ne laisse d’autre alternative aux peuples de la Terre que s?enrichir au détriment des autres ou crever de misère ? Que faire pour en finir avec la domination de ces puissants pleins de morgue et d’arrogance ?
À cette question obsédante, nous ne pouvons plus donner de réponse toute faite. Nous n’acceptons pas que le sens de la vie humaine se résume à l’hédonisme narcissique et sans âme du monde que nous font les multinationales, mais nous ne savons plus très bien ce qu’il faut changer des outres ou du vin qu’elles contiennent. La question que je veux aborder est justement celle de savoir pourquoi le combat que nous menons contre ce système n’est pas toujours à la hauteur de notre indignation.

Extrait :

"Encore une fois, si il est vrai que nous faisons partie intégrante du monde social, non pas au sens où nous serions logés en lui comme des raisins dans un pudding mais au sens où il est incorporé en nous et devenu notre substance même, alors il faut être conséquent et admettre que changer le monde ce n'est pas seulement changer ce qui est autour de nous, mais aussi nous changer nous-mêmes.(...) On ne peut pas faire l'économie d'une réforme morale pour changer la société, parce que le changement réel doit s'opérer à la fois et indissociablement au-dehors et au-dedans ; que c'est justement aller encore dans le sens du système que de focaliser la lutte sur ses seules structures objectives, et que c'est rester prisonnier d'un économisme sommaire de croire qu'il suffit de réorganiser l'intendance pour que la conscience suive." P. 62, 63


Extrait. c'est moi qui souligne :

"Du fait que les différentes fractions des classes moyennes occupent des positions plus ou moins éloignées des deux pôles, positif et négatif, de l’accumulation capitalistique et de la domination sociale, leur socialisation dans cet entre-deux soumis à une double gravitation entraîne une structuration caractéristique de la personnalité chez leurs membres. Ceux-ci, en effet, quelle que soit leur position dans cet espace, doivent constamment se définir par leur double rapport à ceux du dessus et à ceux du dessous. Dominants-dominés et dominés-dominants, ils ne cessent de proclamer, telle la chauve-souris de la fable : « Je suis oiseau, voyez mes ailes ; je suis souris, vivent les rats ! »"

"...il semble difficile d’imaginer que les classes moyennes, en dehors de minorités par moments plus radicales, puissent se mobiliser contre le système au point de mettre son existence en péril. La contestation, qui peut s’exprimer parfois sous une forme violente, est en général une contestation dans le système et non une contestation du système. D’où le succès que rencontrent dans ces populations les différentes variantes (de droite et de gauche) de la pensée néoréformiste, qui ont en commun de considérer que tous les aspects du fonctionnement du système peuvent être légitimement discutés, mais que le principe même de son existence doit rester en dehors des limites de la discussion légitime. Autrement dit, les classes moyennes peuvent bien se battre pour modifier certaines règles du jeu établi, mais sans cesser de jouer le jeu, dont elles n’imaginent même pas qu’il puisse s’interrompre, tant leur intégration au système est consubstantielle à leur être social(...)"
Et pour conclure :
"Les classes possédantes et dirigeantes ont depuis longtemps appris à gérer les soubresauts et les ruades des populations qu’elles ont attelées au char de leur domination. Elles savent non seulement manier la carotte et le bâton, mais aussi mettre en oeuvre, quand la situation l’exige, des stratégies d’union sacrée qui, sous couvert de défense des valeurs universelles, rangent les classes moyennes sous la bannière de l’ordre établi, qu’il importe de protéger contre un ennemi décrété barbare et archaïque."

Une interview de Alain ACCARDO ici.


Hugo Chávez est le président le plus populaire - et le plus haï- d'Amérique latine. Pour vaincre la misère dans un Venezuela où le pétrole coule à flots, n'a-t-il pas engagé une révolution ? Haut en couleur, ancien lieutenant-colonel au passé de putschiste, Chávez fascine les uns et dérange les autres. En particulier l'oligarchie vénézuélienne et les Américains qui, dans le climat de l'après-11 Septembre, voudraient se débarrasser de ce dirigeant trop indépendant. Et prendre le contrôle de l'or noir

Toutes les forces de l'opposition s'unissent dans un seul but : faire tomber le Président. Pour le déstabiliser, elles peuvent compter sur un groupe de militaires et sur quelques « amis » de la CIA. Les médias se chargeront de soulever la société civile en brandissant la menace d'une dictature. Le plan est établi, le sang va couler et Chávez fera un coupable idéal. Mais les conspirateurs oublient l'essentiel : le jour J, comment réagira le peuple, l'immense masse des déshérités ?

Rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique, spécialiste de l'Amérique latine. Maurice Lemoine est l'auteur de Sucre amer, La Dette et Amérique centrale : les naufragés d'Esquipulas. Présent à Caracas le 11 avril 2002, il a couvert la tentative de coup d'État contre Hugo Chàvez.

Interview de Maurice Lemoine ici.

Contre-feux


"Si j’ai pu me résoudre à rassembler pour la publication ces textes en grande partie inédits, c’est que j’ai le sentiment que les dangers contre lesquels ont été allumés les contre-feux dont ils voudraient perpétuer les effets ne sont ni ponctuels, ni occasionnels et que ces propos, s’ils sont plus exposés que les écrits méthodiquement contrôlés aux dissonances liées à la diversité des circonstances, pourront encore fournir des armes utiles à tous ceux qui s’efforcent de résister au fléau néo-libéral."

P. B.

"Les contraintes de la concurrence se conjuguent avec les routines profesionelles pour conduire les télévisions à produire l'image d'un monde plein de violences et de crimes, de guerre ethniques et de haines racistes, et à proposer à la contemplation quotidienne un environnement de menaces, incompréhensible et inquiétant, dont il faut avant tout se retirer et se protéger, une succession absurde de désastres auxquels on ne comprend rien et sur lesquels on ne peut rien. Ainsi s'insinue peu à peu une philosophie pessimiste de l'histoire qui encourage à la retraite et à la résignation plus qu'à la révolte et à l'indignation, qui loin de mobiliser et de politiser, ne peut que contribuer à élever les craintes xénophobes, de même que l'illusion que le crime et la violence ne cessent de croître favorise les anxiétés et les phobies de la vision sécuritaire. Le sentiment que le monde n'offre pas de prise au commun des mortels se conjugue avec l'impression que le jeu politique est une affaire de professionnels, pour encourager, surtout chez les moins politisés, un désengagement fataliste évidemment favorable à la conservation de l'ordre établi."

Contre-feux 2


"L’analyse systématique du nouvel ordre économique mondial, des mécanismes qui le régissent et des politiques qui l’orientent, introduit à une vision profondément nouvelle de l’action politique ; seul le mouvement social européen qu’elle appelle serait en effet capable de s’opposer aux forces économiques qui dominent aujourd’hui le monde."

P. B.




"De l'Amérique de Reagan à la France de Mitterrand, en passant par la Nouvelle­Zélande, les transformations économiques du dernier quart de siècle n'ont été le produit ni du hasard ni de la nécessité. Si, à partir des années 80, les « décideurs » et les médias du monde occidental ont presque toujours interprété de manière identique les situations de « crise », c'est que tout un travail idéologique était intervenu au préalable, c'est que les solutions alternatives au marché avaient été détruites afin qu'il n'y ait « plus d'alternative ». D'autres interprétations des évènements auraient suggéré d'autres remèdes, mobilisé d'autres forces sociales, débouché sur d'autres choix. La « mondialisation », ce fut aussi ce long labeur intellectuel de construction de la « seule politique possible » que favorisa la symbiose sociale entre ses principaux architectes d'un bout à l'autre de la Terre.

Inspirées par des théoriciens de l'université de Chicago, dont l'influence sera considérable au Chili, en Grande Bretagne et aux États Unis, les doctrines économiques libérales vont encourager les classes dirigeantes à durcir leurs politiques, à passer d'un système d'économie mixte acceptant une certaine redistribution des revenus à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance. Les artisans de cette métamorphose en tireront un avantage considérable ; pour la plupart des autres, au contraire, ce sera le grand bond en arrière."


La superbe conclusion de l'ouvrage ici.



Longtemps, la gauche au pouvoir a caboté entre deux récifs. Tantôt sa volonté de transformation sociale butait sur les « contraintes » imposées par l'ordre capitaliste.
Tantôt sa pratique du pouvoir devançait les préférences et les exigences de l'adversaire. Les périodes associées aux conquêtes - et aux échecs - du Cartel des gauches (1924-1926), du Front populaire (1936-1938), de la Libération (1944-1947) et des premières années de l'ère mitterrandienne (1981-1983) ont illustré cette tension entre espérance et renoncement, audace et enlisement.
Désormais la gauche a perdu du poids. Elle s'est vidée de son histoire. Elle n'essaie plus de transformer la société et le monde : elle les gère. Dans la mesure où un tel ralliement à l'actuel système de domination nous menace du « modèle américain » de société de marché, il vaut sans doute de revenir sur le bilan de l'autre gauche. Celle qui, autrefois, essayait.

Quatrième de couverture :

"À trois reprises, au moins, la gauche aura capitulé durant ce siècle : en 1927, à la fin du "Cartel", en 1938, au terme du Front populaire, en 1983 avec le fameux tournant de la "rigueur" mitterrandienne. A chaque fois de grands espoirs qui avaient mobilisé l'électorat ont été - au moins partiellement - abandonnés ; à chaque fois le mot "faillite" aura été prononcé. Pourquoi ? Y aurait-il quelque fatalité irrépressible qui condamnerait historiquement la gauche française à échouer dans ses entreprises ? La même fatalité menace-t-elle aujourd'hui le gouvernement Jospin, assiégé par les logiques implacables du néolibéralisme mondialisé ? C'est à une relecture minutieuse - et critique - des expériences passées que nous convie Serge Halimi. C'est en analysant les faiblesses, les lâchetés et les frilosités passées qu'il tente de tirer une leçon valable pour aujourd'hui. Cette réédition allégée, révisée et largement actualisée, intervient alors que Serge Halimi est désormais une personnalité marquante de ce que Pierre Bourdieu appelle "une gauche de gauche". L'incroyable succès de son dernier livre sur les médias, Les Nouveaux Chiens de garde, a valu à Serge Halimi, universitaire et journaliste au Monde diplomatique, d'être sollicité un peu partout à travers la France, notamment par les réseaux ATTAC, qui se battent contre la dérive ultralibérale et la financiarisation de l'économie."


Dénonciation des « violences urbaines », quadrillage intensifié des quartiers dits sensibles, répression accrue de la délinquance des jeunes et harcèlement des sans-abri, couvre-feu et « tolérance zéro », gonflement continu de la population carcérale, surveillance punitive des allocataires d’aides : partout en Europe se fait sentir la tentation de s’appuyer sur les institutions policières et pénitentiaires pour juguler les désordres engendrés par le chômage de masse, l’imposition du salariat précaire et le rétrécissement de la protection sociale.
Cet ouvrage retrace les voies par lesquelles ce nouveau « sens commun » punitif, élaboré en Amérique par un réseau de think tanks néo-conservateurs, s’est internationalisé, à l’instar de l’idéologie économique néo-libérale dont il est la traduction en matière de « justice ». Le basculement de l’État-providence à l’État-pénitence annonce l’avènement d’un nouveau gouvernement de la misère mariant la main invisible du marché du travail déqualifié et dérégulé au poing de fer d’un appareil pénal intrusif et ominiprésent.
Les États-Unis ont clairement opté pour la criminalisation de la misère comme complément de la généralisation de l’insécurité salariale et sociale. L’Europe est aujourd’hui confrontée à une alternative historique entre la pénalisation de la pauvreté et la création d’un État social continental digne de ce nom.

Extrait d'une interview ici.

samedi 8 septembre 2007


Fondé par Jean-Paul Sartre en 1973, pour « donner la parole au peuple », Libération est passé en 2005 sous le contrôle du banquier d’affaires Édouard de Rothschild.
Ces noces de la presse et de l’argent n’éclairent pas seulement le sort des journaux français livrés aux industriels. Libération fut aussi le laboratoire d’une métamorphose. Celle d’une gauche convertie au libéralisme dans les années 1980, et qui dissimule son conformisme économique derrière un rideau d’« audaces » culturelles.

Au-delà de l’analyse d’un cas exemplaire, ce livre examine les ressorts d’une révolution conservatrice dans la vie intellectuelle française.


Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence.
Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques. Un petit groupe de journalistes omniprésents — et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence — impose sa définition de l'information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l'ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique.

"En novembre-décembre 1995, tout s’exprima à la fois : le soutien au pouvoir, l’arrogance de l’argent, le mépris du peuple, le pilonnage d’une pensée au service des possédants. Un grand sursaut populaire a aussi ceci d'utile : il révèle simultanément la puissance du conditionnement idéologique que les médias nous infligent et la possibilité d'y faire échec. Lors du mouvement de lutte contre le plan Juppé, la clameur quasiment unanime de nos grands éditorialistes n'a en effet pas empêché des centaines de milliers de salariés de se mettre en grève, des millions de citoyens de manifester, une majorité de Français de les soutenir. Pourtant, s'il faut une occasion aussi considérable pour que se révèle crûment la loi d'airain de notre société du spectacle — à savoir le fait que la pluralité des voix et des titres n'induit nullement le pluralisme des commentaires — combien de petites violences la vérité et l'analyse subissent-elles quotidiennement dans le silence totalitaire de nos pensées engourdies ?

Côtés médias, la pièce va se jouer en cinq actes. Le premier, celui de l'exposition, permettra à la quasi-totalité des quotidiens, hebdomadaires, stations de radio et chaînes de télévision de se présenter et d'exprimer leur admiration pour le plan Juppé. La réaction initiale, hostile, des salariés et de l'opinion conduit assez vite les éditorialistes à recommander au premier ministre de tenir bon (acte 2) et, en échange, l'assurent de l'admiration de la profession pour son "courage" — et celui de Nicole Notat — face à la tempête. Puis, la poursuite du mouvement et sa popularité intacte incitent nos Grands Commentateurs à se demander si les Français ne seraient pas, contrairement aux marchés, congénitalement incapables de comprendre la réalité. C'est le thème de l'"irrationnalité" ; il marquera l'acte 3 et permettra d'expliquer qu’en dépit des attentes — et des efforts déployés en ce sens —, les difficultés quotidiennes nées de la grève n'aient pas déclenché une réaction de l'opinion favorisant les desseins gouvernementaux et patronaux.

Le combat antisyndical demeurant sans effet, le journalisme de marché force l'allure et dénonce (acte 4) les "corporatismes" et les preneurs d'"otages". Mais l'irrationnalité latine s'installe malgré tout ; il faut alors se résoudre à donner la parole aux acteurs du mouvement social. C'est le pâté d'alouette que les médias servent pendant l'acte 5. Cette pièce comporte également un épilogue, triste naturellement, puisque le gouvernement a dû reculer."




De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.

"Les mots, les notions, les concepts, que l'on s'attache ainsi à déconsidérer ont un trait commun : ils font partie du vocabulaire de l'émancipation - mot lui même d'ailleurs suspect - et de la lutte des classes. Il n'est plus guère question de classes dans la société et encore moins d'une lutte qui les opposerait entre elles. (...) Pour segmenter la communauté pacifiée, la LQR propose des notions de remplacement issues de pseudo-enquêtes sociologiques et de sondages d'opinion : les couches sociales, d'une rassurante horizontalité, les tranches - d'âge, de revenus et d'imposition - et les catégories, socioprofessionnelles ou autres. Toutes ces notions se prêtent à des statistiques ou à des diagrammes. (...) S'il faut admettre la présence de noyaux d'hétérogénéité, la LQR fait parfois intervenir la notion de milieu, boursier ou cycliste, théatral ou intégriste. Ces milieux sont censés avoir des opinions (...) toujours unanimes. Un milieu dans la démocratie libérale et pacifiée ne saurait être divisé." P. 106

Une interview de Éric Hazan ici.

Médias en campagne


29 mai 2005. Les électeurs se sont prononcés majoritairement contre le Traité constitutionnel européen. Toutes les autorités qui se sont mobilisées en faveur de son adoption sont démocratiquement désavouées.

Dans les jours qui suivent, on a beau réajuster ses lunettes et tendre l’oreille, on ne lit, ne voit et n’entend rien qui vienne remettre en question la débâcle des médias dominants. On se dit ironiquement : « C’est sûr : tous les chroniqueurs et éditorialistes, donneurs de leçon à tous vents et spécialistes de l’autocritique des autres, ne vont pas tarder à s’interroger sur leur implication et sur celle des médias qu’ils orientent. Et, si cela advient, ce sera, une fois de plus, après avoir reconnu quelques erreurs vénielles, pour n’en tirer aucune conséquence ».

Les mois passent. Toujours rien. En guise de bilan proposé par les sommités du journalisme, ceci : non seulement l’échec de leur engagement forcené en faveur de l’adoption du Traité n’aurait pas infirmé l’excellence de leur travail, mais il aurait même confirmé son innocuité. La preuve, disent-ils, devenus soudainement modestes, que notre pouvoir est limité, c’est qu’il s’est révélé apparemment sans effet.

Apparemment... Car parmi d’autres « pouvoirs », les médias disposent de celui de se faire oublier ou, plus exactement, d’entretenir l’amnésie sur leurs œuvres passées quand celles-ci ne coïncident pas avec les contes et légendes du « quatrième pouvoir ». Le premier objet de ce livre est donc de proposer un aide-mémoire pour que celles et ceux qui, journalistes inclus, ont eu à subir l’omniprésence et l’arrogance de l’oligarchie qui trône au sommet de l’espace médiatique, n’oublient pas. Et ne négligent pas, s’ils sont tentés de le faire, d’en tirer quelques conséquences.

Pour lutter contre l’amnésie, pour nous préparer aux prochaines orchestrations si rien ne change, et surtout pour contribuer aux combats nécessaires pour que cela change, « Médias en campagne » s’efforce de montrer comment et pourquoi, à l’occasion du référendum de 2005, les médias dominants ont imposé, sous couvert d’ « équité », de « pédagogie » et de « démocratie », un pluralisme tronqué, une propagande masquée et un débat démocratique amputé.



dimanche 27 mai 2007

"À en croire les médias et les débats politiques, la Sécurité sociale serait menacée de faillite par un déficit abyssal. Pour faire face à l'augmentation des dépenses et au vieillissement de la population, notre système de protection sociale, créé en 1945 pour donner à chaque homme "la garantie à chaque homme qu'en toute circonstance il pourra assurer sa subsistance et celles de personnes à sa charge ", serait condamner à se "réformer" sans cesse : déremboursements, réductions des prestations, hausse des cotisations, voire privatisation.
Charcheur au CNRS, Julien Duval renverse les termes du problème : il n'y a pas de déficit de la Sécu, mais un besoin de financement que les gouvernements successifs ont décidé de ne pas satisfaire en multipliant depuis 1993 les exonérations de charges sociales.
En effet, l'affaiblissement de la protection sociale découle non pas d'arbitrages techniques, mais d'un choix politique : le transfert généralisé des risques du capital vers le travail."
4ème de couverture, et un petit extrait de la préface, pour se mettre en bouche :

"
La Sécurité sociale n'est pas une entreprise capitaliste orientée vers la réalisation de profits. On ne devrait pas décider de son avenir sur la base de ses seuls besoins de financement. De plus, il est discutable d'imputer son déficit, comme on le fait souvent à des dépenses excessives : le "trou" résulte plutôt d'une insuffisance de ressources, ou d'un phénomène de sous-financement. En outre, il est réducteur de ne voir dans les dépenses sociales qu'un facteur de "déficit" : c'est dans les pays où les dépenses sociales sont les plus élevées que la proportion de la population confrontée à la grande pauvreté est la moins importante. En considérant le niveau des dépenses sociales en France comme une cause du "trou de la Sécu", on oublie qu'elles contribuent à réduire les situations de pauvreté et à rendre la répartition du revenu un peu moins inégalitaire".