samedi 8 septembre 2007
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
"Les mots, les notions, les concepts, que l'on s'attache ainsi à déconsidérer ont un trait commun : ils font partie du vocabulaire de l'émancipation - mot lui même d'ailleurs suspect - et de la lutte des classes. Il n'est plus guère question de classes dans la société et encore moins d'une lutte qui les opposerait entre elles. (...) Pour segmenter la communauté pacifiée, la LQR propose des notions de remplacement issues de pseudo-enquêtes sociologiques et de sondages d'opinion : les couches sociales, d'une rassurante horizontalité, les tranches - d'âge, de revenus et d'imposition - et les catégories, socioprofessionnelles ou autres. Toutes ces notions se prêtent à des statistiques ou à des diagrammes. (...) S'il faut admettre la présence de noyaux d'hétérogénéité, la LQR fait parfois intervenir la notion de milieu, boursier ou cycliste, théatral ou intégriste. Ces milieux sont censés avoir des opinions (...) toujours unanimes. Un milieu dans la démocratie libérale et pacifiée ne saurait être divisé." P. 106
Une interview de Éric Hazan ici.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
"Les mots, les notions, les concepts, que l'on s'attache ainsi à déconsidérer ont un trait commun : ils font partie du vocabulaire de l'émancipation - mot lui même d'ailleurs suspect - et de la lutte des classes. Il n'est plus guère question de classes dans la société et encore moins d'une lutte qui les opposerait entre elles. (...) Pour segmenter la communauté pacifiée, la LQR propose des notions de remplacement issues de pseudo-enquêtes sociologiques et de sondages d'opinion : les couches sociales, d'une rassurante horizontalité, les tranches - d'âge, de revenus et d'imposition - et les catégories, socioprofessionnelles ou autres. Toutes ces notions se prêtent à des statistiques ou à des diagrammes. (...) S'il faut admettre la présence de noyaux d'hétérogénéité, la LQR fait parfois intervenir la notion de milieu, boursier ou cycliste, théatral ou intégriste. Ces milieux sont censés avoir des opinions (...) toujours unanimes. Un milieu dans la démocratie libérale et pacifiée ne saurait être divisé." P. 106
Une interview de Éric Hazan ici.
Libellés : HAZAN Éric, médias, propagande
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