samedi 8 septembre 2007
29 mai 2005. Les électeurs se sont prononcés majoritairement contre le Traité constitutionnel européen. Toutes les autorités qui se sont mobilisées en faveur de son adoption sont démocratiquement désavouées.
Dans les jours qui suivent, on a beau réajuster ses lunettes et tendre l’oreille, on ne lit, ne voit et n’entend rien qui vienne remettre en question la débâcle des médias dominants. On se dit ironiquement : « C’est sûr : tous les chroniqueurs et éditorialistes, donneurs de leçon à tous vents et spécialistes de l’autocritique des autres, ne vont pas tarder à s’interroger sur leur implication et sur celle des médias qu’ils orientent. Et, si cela advient, ce sera, une fois de plus, après avoir reconnu quelques erreurs vénielles, pour n’en tirer aucune conséquence ».
Les mois passent. Toujours rien. En guise de bilan proposé par les sommités du journalisme, ceci : non seulement l’échec de leur engagement forcené en faveur de l’adoption du Traité n’aurait pas infirmé l’excellence de leur travail, mais il aurait même confirmé son innocuité. La preuve, disent-ils, devenus soudainement modestes, que notre pouvoir est limité, c’est qu’il s’est révélé apparemment sans effet.
Apparemment... Car parmi d’autres « pouvoirs », les médias disposent de celui de se faire oublier ou, plus exactement, d’entretenir l’amnésie sur leurs œuvres passées quand celles-ci ne coïncident pas avec les contes et légendes du « quatrième pouvoir ». Le premier objet de ce livre est donc de proposer un aide-mémoire pour que celles et ceux qui, journalistes inclus, ont eu à subir l’omniprésence et l’arrogance de l’oligarchie qui trône au sommet de l’espace médiatique, n’oublient pas. Et ne négligent pas, s’ils sont tentés de le faire, d’en tirer quelques conséquences.
Pour lutter contre l’amnésie, pour nous préparer aux prochaines orchestrations si rien ne change, et surtout pour contribuer aux combats nécessaires pour que cela change, « Médias en campagne » s’efforce de montrer comment et pourquoi, à l’occasion du référendum de 2005, les médias dominants ont imposé, sous couvert d’ « équité », de « pédagogie » et de « démocratie », un pluralisme tronqué, une propagande masquée et un débat démocratique amputé.
