jeudi 13 septembre 2007
Notre homme a été le Numéro trois de cette société, chargée de faire transiter des fonds et des valeurs sur toute la planète. Depuis le Luxembourg les ordinateurs de cette firme brassent des trillions de dollars et d'euros (compter douze zéros après l'unité).
L'enquête de Denis Robert nous conduit là où personne n'a jamais pu pénétrer : dans les coulisses de la finance internationale. Sur les pas d'Ernest Backes, l'insider (le témoin de l'intérieur), nous découvrons avec effroi des activités inavouables : dissimulations de compte au nom des institutions les plus honorables, complicité avec des banques mafieuses, ramifications innombrables avec affaires existantes en France et ailleurs, circuits de blanchiment de narcodollars ou paiement de rançons...
Pas une page ou presque sans révélations.
Dans le no man's land de la faxmoney, il existait un point aveugle, un centre névralgique où des millions de transactions étaient enregistrées et archivées. C'était un secret jalousement gardé. Le système avait tout prévu.
Sauf ce livre.
Libellés : capitalisme, Clearstream, libéralisme, ROBERT Denis
Libellés : révolution, ROBERT Denis
Et un film de Costa-Gavras, à voir absolument aussi.
Libellés : COSTA-GAVRAS, libéralisme, WESTLAKE Donald
Il est bon de noter que "social-démocratie" signifie dans ce contexte "socialisme révolutionnaire". Rien à voir donc avec les nabots réformards qui s'en réclament maintenant...
Vous pouvez lire le texte en intégralité et le télécharger ici.
Libellés : communisme, LUXEMBURG Rosa, marxisme, réformisme, révolution
Extrait de la préface :
"L'histoire d'une révolution, comme toute histoire, doit, avant tout, relater ce qui s'est passé et dire comment. Mais cela ne suffit pas. D'après le récit même, il faut qu'on voie nettement pourquoi les choses se sont passées ainsi et non autrement. Les événements ne sauraient être considérés comme un enchaînement d'aventures, ni insérés, les uns après les autres, sur le fil d'une morale préconçue, ils doivent se conformer à leur propre loi rationnelle. C'est dans la découverte de cette loi intime que l'auteur voit sa tâche.
Le trait le plus incontestable de la Révolution, c'est l'intervention directe des masses dans les événements historiques. D'ordinaire, l'État, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l'histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l'arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. Qu'il en soit bien ou mal, aux moralistes d'en juger. Quant à nous, nous prenons les faits tels qu'ils se présentent, dans leur développement objectif. L'histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d'une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées."
Libellés : 1917, Lénine, TROTSKY Léon, trotskysme
Le Cramé par excellence...Tragique, au sens classique du terme.
Libellés : GOLDMAN Pierre, Mai 68
Un portrait de l'être social contemporain qui permet de reconsidérer bien des choses...Allez, un autre extrait :
"l'aptitude qu'ont les riches et les puissants à identifier leur domination à de grands principes moraux, ce qui a pour effet de transformer toute remise en question en crime, non seulement contre l'État, mais contre l'humanité elle-même. Les classes dirigeantes ont toujours cherché à ce que les individus qui leur sont subordonnés se sentent coupables, personnellement, de leur exploitation et de leur privations matérielles, tout en se persuadant elles-mêmes de ce que leurs propres intérêts coïncident avec ceux du genre humain".
Rhalala que c'est vrai... Indispensable, évidemment.
Libellés : jeunisme, LASCH Christopher, narcissisme, sociologie
Libellés : contre-culture, HEATH Joseph, POTTER Andrew

Marx dans la Pléiade : trop la classe dans ta bibliothèque. Et y'a tout, en plus. Ça a l'air d'être du lourd ? Oui et non. Disons que si on veut se faire une idée précise de la pensée de Marx, c'est peut-être la meilleure introduction.
Libellés : communisme, ENGELS Friedrich, MARX Karl, marxisme, philosophie
Extrait de l'avant-propos :
Comme, dans ces pages, on verra défiler un bon nombre d'hommes sous une tout autre lumière que celle qu'ils auraient choisie pour eux-mêmes ou pour leur parti, ils seront plus d'un à déclarer que mon exposé manque de l'objectivité indispensable. Déjà, la publication de fragments de cet ouvrage dans la presse périodique a provoqué certaines réfutations. C'était inévitable. On peut être sûr que si même j'avais réussi à ne faire de cette autobiographie qu'un simple daguerréotype de ma vie -ce que je n'ai pas cherché du tout- le résultat n'en aurait pas moins réveillé des échos des controverses que suscitèrent les conflits racontés ici. Mais ce livre n'est pas une impassible photographie de mon existence; c'en est une partie composante. Dans ces pages, je poursuis la lutte à laquelle toute ma vie est consacrée. Tout en exposant, je caractérise et j'apprécie; en racontant, je me défends et, plus souvent encore, j'attaque. Et je pense que c'est là le seul moyen de rendre une biographie objective dans un certain sens plus élevé, c'est-à-dire d'en faire l'expression la plus adéquate de la personnalité, des conditions et de l'époque.
Libellés : 1917, communisme, marxisme, Staline, TROTSKY Léon, trotskysme
"Les années avaient profondément transformé le Komintern. L'avant-garde révolutionnaire n'était plus maintenant qu'une dague empoisonnée dans les mains de Staline.
Parfois, me maudissant de ma lâcheté, à croire que je voulais encore ranimer la flamme de ma foi, je me repassais divers épisodes de ma vie militante. A dix-huit ans, j'avais eu l'impression d'être un géant ; à vingt et un, c'était encore plus simple : il suffisait de lancer des grenades à la gueule de la contre-révolution ; à vingt-deux, j'avais fait le tour du monde au service du Komintern - maigre, affamé, féroce - et j'en étais fier ; à vingt-neuf, les polices d'une demi-douzaine de pays européens me recherchaient en tant que principal agitateur des Fronts de mer du Komintern. A trente et un, j'oeuvrais à transformer les prisons hitlériennes en écoles du prolétariat internationaliste. Et maintenant, à trente-trois ans, je me posais cette question : "Tout cela n'a-t-il jamais été que mensonge, imposture, et utopie sanglante ?"
Aucun homme ne peut se débarrasser de son passé."
Libellés : communisme, IIIème internationale, nazisme, VALTIN Jan
Et on oublie toujours de dire qu'Orwell fût très proche des trotskystes de son temps...Ils le savent, les abrutis de droite qui citent "1984" à tort et à travers ? Non, hein ?
Libellés : guerre d'Espagne, ORWELL Georges, POUM
lundi 10 septembre 2007
Tiens, c'est amusant, ça rappelle quelque chose... Vous pouvez le lire et le télécharger ici.
Libellés : IIIème république, MARX Karl, marxisme
Que dire ? L'incunable par excellence... Vous pourrez le lire en intégralité et le télécharger ici.
Libellés : communisme, ENGELS Friedrich, MARX Karl, marxisme
dimanche 9 septembre 2007
Ça ne dure que 48 minutes ; ça vous poursuivra pendant bien plus longtemps...
Culloden raconte l'histoire d'une bataille écossaise en 1746 où les régiments d'élite anglais écrasèrent les highlanders. Critique féroce de l'organisation clanique, où le chef de clan peut enrôler de force ses sujets dans des boucheries auxquelles ils ne comprennent rien, c'est également une dénonciation virulente des politiques de "pacification" employées par les armées en territoire étranger. Au même moment, l'US army "pacifiait" le Viet-Nam...
L'originalité de Watkins a consisté à filmer cet épisode historique comme un docu-télé caméra à l'épaule : on interviewe les combattants, on commente ce qui se passe, et ce style donne une intensité et un réalisme inouï au film. La technique sera reprise pour Punishment Park et La Commune.
Libellés : guerre froide, nucléaire, WATKINS Peter
Alors là, aaaattention : chef d'oeuvre ! Majeur ! Incontournable ! Tu le vois une fois, ta vie elle est changée après ! De plus, il est visible sur Dailymotion en VO sous-titrée : c'est pas formidable, ça ?
On commence
Ici
(Après, il n'y aqu'à cliquer sur le lien suivant, au dessous pour voir le reste. C'est merveilleux).
Libellés : démocratie, États-Unis, sécuritaire, WATKINS Peter
Critique par Serge Halimi :
"Pour les lecteurs qui tâtonnent entre tous les ouvrages de Chomsky qu’on publie en français depuis cinq ans, c’est le livre à lire. Il réduit à néant le propos, plus ignorant que malveillant, de ceux qui imputent à Chomsky une « théorie du complot ». Car le « modèle de propagande » de Chomsky et Herman n’est ni immuable ni monolithique, le champ des médias dominants pouvant s’accommoder de divergences marginales. Au demeurant, les auteurs, même s’ils infligent un sort particulier au New York Times, s’appuient sur une documentation impressionnante pour fonder leur analyse croisée de cas souvent anciens : Timor et le Cambodge, les élections au Salvador et au Nicaragua, l’assassinat du prêtre Jerzy Popielusko et celui de l’archevêque Oscar Romero. Leur recherche établit que les élections semblent toujours plus honnêtes et les meurtres moins intéressants quand ils se produisent dans un pays ami des Etats-Unis... même si la fraude y est en réalité plus massive et le nombre des victimes plus important. Est-ce à cause d’un « irrésistible besoin de penser du bien de l’Amérique et de nous-mêmes » ? Ou parce que « la plupart des préjugés médiatiques ont pour cause la présélection d’un personnel bien-pensant qui intériorise des idées préconçues et s’adapte aux contraintes exercées par les propriétaires, le marché et le pouvoir politique » ? L’un n’empêche pas l’autre."
Libellés : CHOMSKY Noam, démocratie, États-Unis, HERMAN Edward S., médias
Histoire de l'extrême-gauche trotskiste, de 1929 à nos jours
0 commentaires Publié par Thierry à 08:26Libellés : Extrême-gauche, IVème internationale, LCR, trotskysme
Depuis la reconstruction de l’extrême droite française aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, les jeunes fascistes n’ont cessé, malgré leur faible audience et leur manque d’implantation dans la société de s’agiter ; de tenter de propager leurs idées nauséabondes et de nuire à certaines franges de la population.
Ces groupes, organisations et partis dont nous retraçons l’histoire se réclament pour la plupart du fascisme. L’appellation jeune, si elle tient en partie à l’âge de leurs membres renvoie plutôt à une forme de pratique politique.
L’apologie de la violence libératrice, la radicalité du discours allant jusqu’à l’apologie du nazisme, l’activisme effréné comme mode de vie, le fonctionnement par bandes affinitaires, les provocations permanentes, l’absence de réflexion théorique, la mystification de certaines périodes de l’Histoire, un anticommunisme délirant et un goût immodéré pour la " baston " en constituent les principales caractéristiques.
Libellés : Extrême-droite, trépanés
Libellés : Droite, Extrême-droite, libéralisme, Mai 68
Ces militants apparaissent tout d'abord plus guévaristes que trotskystes. Mais la dissolution de la LC, le 21 juin 1973, semble mettre un terme aux tentations militaristes. Les pratiques politiques classiques l'emportent : participation aux élections, intervention dans les syndicats ouvriers. Les nouveaux secteurs de radicalisation ne sont pas oubliés : appelés du contingent, homosexuels, femmes, etc., avec des conséquences en retour sur les militants. Le petit parti se dote d'une infrastructure matérielle et augmente le nombre de ses permanents. Il tente aussi d'organiser le débat en son sein, par le biais dés tendances.
Dans quelle mesure ces militants sont-ils restés fidèles au communisme originel dont ils se réclamaient ? Finalement la tentative de créer une organisation puissante sur des bases anciennes - le bolchevisme - a échoué. Mais de nombreux jeunes ont participé à cette aventure, la Ligue aura été un lieu d'apprentissage, de socialisation pour cette fraction de la génération de 1968.
Libellés : IVème internationale, LCR, Mai 68, SALLES Jean-Paul
Philosophe et militant de la Ligue communiste, Daniel Bensaïd revient sur un parcours où l'individuel et le collectif interfèrent sans cesse. Alternant le « je » et le « nous », les souvenirs singuliers et les expériences partagées, il inscrit sa trajectoire personnelle, assumée sans complaisance, dans une histoire politique qui commence au milieu des années 1960.
Des années de formation toulousaines dans le bistro familial où l'on « chantait rouge » à la fondation des Jeunesses communistes révolutionnaires, des débats de l'ENS de Saint-Cloud aux meetings de Nanterre, de « l'affaire non classée » de 1968 à l'expérience douloureuse des luttes en Argentine, de la relecture de Marx à la piste « marrane », des combats d'hier à ceux d'aujourd'hui, il raconte une révolte obstinée qui a dû apprendre la durée.
Une lente impatience, tendue entre action et réflexion, qui se révèle aussi dans le plaisir d'une écriture vive.
Libellés : BENSAÏD Daniel, IVème internationale, LCR
Implanté au coeur même de l'Empire nazi, tissant sa toile sur toute l'Europe occupée, il a joué un rôle décisif dans la défaite allemande. Plusieurs dizaines de ses membres furent décapités, fusillés ou pendus, mais leur action, selon l'Amiral Canaris, chef du contre espionnage de la Wehrmacht, a coûté à l'Allemagne la vie de deux cent mille de ses soldats.
A la tête du réseau, un homme exceptionnel, Leopold Trepper. On l'appelait le Grand Chef. Juif polonais, militant révolutionnaire depuis son adolescence, il sut réunir et inspirer une élite d'hommes et de femmes prête à tous les sacrifices pour abattre l'ennemi nazi.
Averti des succès pour lui catastrophique de l'Orchestre Rouge, Hitler rassembla les meilleurs agents de la Gestapo au sein du Kommando Rote Kapelle, qui reçut mission de détruire à tout prix l'organisation du Grand Chef. « Nettoyez moi cette pourriture juive à l'Ouest! » ordonna de son côté Himmler, chef des S S.
Au terme d'une traque de trois ans à travers l'Europe, Gilles Perrault a retrouvé les survivants de cette dramatique guerre secrète, qu'ils soient anciens du réseau ou de la Gestapo. Passionnant récit d'espionnage, document historique indispensable à la compréhension du deuxième conflit mondial, ce livre est aussi le roman vrai de personnages hors du commun.
Publié pour la première fois en 1967, L'Orchestre Rouge fut traduit en dix neuf langues et connut un succès international. De nombreux cinéastes voulurent le porter à l'écran. C'est finalement Jacques Rouffio qui en a réalisé l'adaptation, avec Claude Brasseur dans le rôle du Grand Chef.
Cette édition, revue et augmentée, intègre tous les témoignages et documents rassemblés au cours des vingt dernières années.
Libellés : communisme, espionnage, PERRAULT Gilles, Seconde guerre mondiale
Critique de l'ouvrage ici.
Libellés : BENSAÏD Daniel, IVème internationale, marxisme, trotskysme
IN-DIS-PEN-SABLE !
"Le marxisme", par Henri Lefebvre, Que sais-je ? N° 300
Libellés : LEFEBVRE Henri, MARX Karl, marxisme
Mais la restitution de cette œuvre scientifique complexe et puissante, que l’auteur s’est appropriée au fur et à mesure de son édification, constitue également un appel à la réflexivité et à l’auto-socioanalyse: parce que les murailles qui sont en nous comme celles qui se dressent devant nous ne forment qu’une seule et même forteresse, celle de l’ordre établi.
Conçu par un sociologue resté profondément fidèle à l’esprit d’une science qui s’est souvent donné comme finalité de mieux comprendre pour mieux combattre, ce livre veut contribuer à enrichir l’arsenal théorique de ceux qui attendent aussi de la sociologie des armes pour la critique sociale.
Appuyé sur plusieurs décennies de pratique de la sociologie aux côtés de Pierre Bourdieu, ce livre constitue la réédition, revue et actualisée, d’un classique paru pour la première fois en 1997 aux éditions du Mascaret.
Libellés : ACCARDO Alain, BOURDIEU Pierre, sociologie
À cette question obsédante, nous ne pouvons plus donner de réponse toute faite. Nous n’acceptons pas que le sens de la vie humaine se résume à l’hédonisme narcissique et sans âme du monde que nous font les multinationales, mais nous ne savons plus très bien ce qu’il faut changer des outres ou du vin qu’elles contiennent. La question que je veux aborder est justement celle de savoir pourquoi le combat que nous menons contre ce système n’est pas toujours à la hauteur de notre indignation.
Extrait :
"Encore une fois, si il est vrai que nous faisons partie intégrante du monde social, non pas au sens où nous serions logés en lui comme des raisins dans un pudding mais au sens où il est incorporé en nous et devenu notre substance même, alors il faut être conséquent et admettre que changer le monde ce n'est pas seulement changer ce qui est autour de nous, mais aussi nous changer nous-mêmes.(...) On ne peut pas faire l'économie d'une réforme morale pour changer la société, parce que le changement réel doit s'opérer à la fois et indissociablement au-dehors et au-dedans ; que c'est justement aller encore dans le sens du système que de focaliser la lutte sur ses seules structures objectives, et que c'est rester prisonnier d'un économisme sommaire de croire qu'il suffit de réorganiser l'intendance pour que la conscience suive." P. 62, 63
Libellés : ACCARDO Alain, changement social, sociologie
"Du fait que les différentes fractions des classes moyennes occupent des positions plus ou moins éloignées des deux pôles, positif et négatif, de l’accumulation capitalistique et de la domination sociale, leur socialisation dans cet entre-deux soumis à une double gravitation entraîne une structuration caractéristique de la personnalité chez leurs membres. Ceux-ci, en effet, quelle que soit leur position dans cet espace, doivent constamment se définir par leur double rapport à ceux du dessus et à ceux du dessous. Dominants-dominés et dominés-dominants, ils ne cessent de proclamer, telle la chauve-souris de la fable : « Je suis oiseau, voyez mes ailes ; je suis souris, vivent les rats ! »"
"...il semble difficile d’imaginer que les classes moyennes, en dehors de minorités par moments plus radicales, puissent se mobiliser contre le système au point de mettre son existence en péril. La contestation, qui peut s’exprimer parfois sous une forme violente, est en général une contestation dans le système et non une contestation du système. D’où le succès que rencontrent dans ces populations les différentes variantes (de droite et de gauche) de la pensée néoréformiste, qui ont en commun de considérer que tous les aspects du fonctionnement du système peuvent être légitimement discutés, mais que le principe même de son existence doit rester en dehors des limites de la discussion légitime. Autrement dit, les classes moyennes peuvent bien se battre pour modifier certaines règles du jeu établi, mais sans cesser de jouer le jeu, dont elles n’imaginent même pas qu’il puisse s’interrompre, tant leur intégration au système est consubstantielle à leur être social(...)"
Et pour conclure :
"Les classes possédantes et dirigeantes ont depuis longtemps appris à gérer les soubresauts et les ruades des populations qu’elles ont attelées au char de leur domination. Elles savent non seulement manier la carotte et le bâton, mais aussi mettre en oeuvre, quand la situation l’exige, des stratégies d’union sacrée qui, sous couvert de défense des valeurs universelles, rangent les classes moyennes sous la bannière de l’ordre établi, qu’il importe de protéger contre un ennemi décrété barbare et archaïque."
Une interview de Alain ACCARDO ici.
Libellés : ACCARDO Alain, classes sociales, sociologie
Hugo Chávez est le président le plus populaire - et le plus haï- d'Amérique latine. Pour vaincre la misère dans un Venezuela où le pétrole coule à flots, n'a-t-il pas engagé une révolution ? Haut en couleur, ancien lieutenant-colonel au passé de putschiste, Chávez fascine les uns et dérange les autres. En particulier l'oligarchie vénézuélienne et les Américains qui, dans le climat de l'après-11 Septembre, voudraient se débarrasser de ce dirigeant trop indépendant. Et prendre le contrôle de l'or noir
Toutes les forces de l'opposition s'unissent dans un seul but : faire tomber le Président. Pour le déstabiliser, elles peuvent compter sur un groupe de militaires et sur quelques « amis » de la CIA. Les médias se chargeront de soulever la société civile en brandissant la menace d'une dictature. Le plan est établi, le sang va couler et Chávez fera un coupable idéal. Mais les conspirateurs oublient l'essentiel : le jour J, comment réagira le peuple, l'immense masse des déshérités ?
Interview de Maurice Lemoine ici.
Libellés : Amérique latine, Chàvez, LEMOINE Maurice, Vénézuéla
P. B.
Libellés : BOURDIEU Pierre, libéralisme, résistance, sociologie
P. B.
Libellés : BOURDIEU Pierre, libéralisme, résistance, sociologie
Inspirées par des théoriciens de l'université de Chicago, dont l'influence sera considérable au Chili, en Grande Bretagne et aux États Unis, les doctrines économiques libérales vont encourager les classes dirigeantes à durcir leurs politiques, à passer d'un système d'économie mixte acceptant une certaine redistribution des revenus à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance. Les artisans de cette métamorphose en tireront un avantage considérable ; pour la plupart des autres, au contraire, ce sera le grand bond en arrière."
La superbe conclusion de l'ouvrage ici.
Libellés : HALIMI Serge, libéralisme
Tantôt sa pratique du pouvoir devançait les préférences et les exigences de l'adversaire. Les périodes associées aux conquêtes - et aux échecs - du Cartel des gauches (1924-1926), du Front populaire (1936-1938), de la Libération (1944-1947) et des premières années de l'ère mitterrandienne (1981-1983) ont illustré cette tension entre espérance et renoncement, audace et enlisement.
Désormais la gauche a perdu du poids. Elle s'est vidée de son histoire. Elle n'essaie plus de transformer la société et le monde : elle les gère. Dans la mesure où un tel ralliement à l'actuel système de domination nous menace du « modèle américain » de société de marché, il vaut sans doute de revenir sur le bilan de l'autre gauche. Celle qui, autrefois, essayait.
Quatrième de couverture :
"À trois reprises, au moins, la gauche aura capitulé durant ce siècle : en 1927, à la fin du "Cartel", en 1938, au terme du Front populaire, en 1983 avec le fameux tournant de la "rigueur" mitterrandienne. A chaque fois de grands espoirs qui avaient mobilisé l'électorat ont été - au moins partiellement - abandonnés ; à chaque fois le mot "faillite" aura été prononcé. Pourquoi ? Y aurait-il quelque fatalité irrépressible qui condamnerait historiquement la gauche française à échouer dans ses entreprises ? La même fatalité menace-t-elle aujourd'hui le gouvernement Jospin, assiégé par les logiques implacables du néolibéralisme mondialisé ? C'est à une relecture minutieuse - et critique - des expériences passées que nous convie Serge Halimi. C'est en analysant les faiblesses, les lâchetés et les frilosités passées qu'il tente de tirer une leçon valable pour aujourd'hui. Cette réédition allégée, révisée et largement actualisée, intervient alors que Serge Halimi est désormais une personnalité marquante de ce que Pierre Bourdieu appelle "une gauche de gauche". L'incroyable succès de son dernier livre sur les médias, Les Nouveaux Chiens de garde, a valu à Serge Halimi, universitaire et journaliste au Monde diplomatique, d'être sollicité un peu partout à travers la France, notamment par les réseaux ATTAC, qui se battent contre la dérive ultralibérale et la financiarisation de l'économie."
Libellés : gauche, HALIMI Serge, pouvoir
Cet ouvrage retrace les voies par lesquelles ce nouveau « sens commun » punitif, élaboré en Amérique par un réseau de think tanks néo-conservateurs, s’est internationalisé, à l’instar de l’idéologie économique néo-libérale dont il est la traduction en matière de « justice ». Le basculement de l’État-providence à l’État-pénitence annonce l’avènement d’un nouveau gouvernement de la misère mariant la main invisible du marché du travail déqualifié et dérégulé au poing de fer d’un appareil pénal intrusif et ominiprésent.
Les États-Unis ont clairement opté pour la criminalisation de la misère comme complément de la généralisation de l’insécurité salariale et sociale. L’Europe est aujourd’hui confrontée à une alternative historique entre la pénalisation de la pauvreté et la création d’un État social continental digne de ce nom.
Extrait d'une interview ici.
Libellés : libéralisme, paupérisme, sécuritaire, WACQUANT Loïc
samedi 8 septembre 2007
Fondé par Jean-Paul Sartre en 1973, pour « donner la parole au peuple », Libération est passé en 2005 sous le contrôle du banquier d’affaires Édouard de Rothschild.
Ces noces de la presse et de l’argent n’éclairent pas seulement le sort des journaux français livrés aux industriels. Libération fut aussi le laboratoire d’une métamorphose. Celle d’une gauche convertie au libéralisme dans les années 1980, et qui dissimule son conformisme économique derrière un rideau d’« audaces » culturelles.
Libellés : libéralisme, médias, propagande, RIMBERT Pierre
Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques. Un petit groupe de journalistes omniprésents — et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence — impose sa définition de l'information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l'ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique.
"En novembre-décembre 1995, tout s’exprima à la fois : le soutien au pouvoir, l’arrogance de l’argent, le mépris du peuple, le pilonnage d’une pensée au service des possédants. Un grand sursaut populaire a aussi ceci d'utile : il révèle simultanément la puissance du conditionnement idéologique que les médias nous infligent et la possibilité d'y faire échec. Lors du mouvement de lutte contre le plan Juppé, la clameur quasiment unanime de nos grands éditorialistes n'a en effet pas empêché des centaines de milliers de salariés de se mettre en grève, des millions de citoyens de manifester, une majorité de Français de les soutenir. Pourtant, s'il faut une occasion aussi considérable pour que se révèle crûment la loi d'airain de notre société du spectacle — à savoir le fait que la pluralité des voix et des titres n'induit nullement le pluralisme des commentaires — combien de petites violences la vérité et l'analyse subissent-elles quotidiennement dans le silence totalitaire de nos pensées engourdies ?
Côtés médias, la pièce va se jouer en cinq actes. Le premier, celui de l'exposition, permettra à la quasi-totalité des quotidiens, hebdomadaires, stations de radio et chaînes de télévision de se présenter et d'exprimer leur admiration pour le plan Juppé. La réaction initiale, hostile, des salariés et de l'opinion conduit assez vite les éditorialistes à recommander au premier ministre de tenir bon (acte 2) et, en échange, l'assurent de l'admiration de la profession pour son "courage" — et celui de Nicole Notat — face à la tempête. Puis, la poursuite du mouvement et sa popularité intacte incitent nos Grands Commentateurs à se demander si les Français ne seraient pas, contrairement aux marchés, congénitalement incapables de comprendre la réalité. C'est le thème de l'"irrationnalité" ; il marquera l'acte 3 et permettra d'expliquer qu’en dépit des attentes — et des efforts déployés en ce sens —, les difficultés quotidiennes nées de la grève n'aient pas déclenché une réaction de l'opinion favorisant les desseins gouvernementaux et patronaux.
Le combat antisyndical demeurant sans effet, le journalisme de marché force l'allure et dénonce (acte 4) les "corporatismes" et les preneurs d'"otages". Mais l'irrationnalité latine s'installe malgré tout ; il faut alors se résoudre à donner la parole aux acteurs du mouvement social. C'est le pâté d'alouette que les médias servent pendant l'acte 5. Cette pièce comporte également un épilogue, triste naturellement, puisque le gouvernement a dû reculer."
Libellés : HALIMI Serge, libéralisme, médias, mouvements sociaux, propagande
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
"Les mots, les notions, les concepts, que l'on s'attache ainsi à déconsidérer ont un trait commun : ils font partie du vocabulaire de l'émancipation - mot lui même d'ailleurs suspect - et de la lutte des classes. Il n'est plus guère question de classes dans la société et encore moins d'une lutte qui les opposerait entre elles. (...) Pour segmenter la communauté pacifiée, la LQR propose des notions de remplacement issues de pseudo-enquêtes sociologiques et de sondages d'opinion : les couches sociales, d'une rassurante horizontalité, les tranches - d'âge, de revenus et d'imposition - et les catégories, socioprofessionnelles ou autres. Toutes ces notions se prêtent à des statistiques ou à des diagrammes. (...) S'il faut admettre la présence de noyaux d'hétérogénéité, la LQR fait parfois intervenir la notion de milieu, boursier ou cycliste, théatral ou intégriste. Ces milieux sont censés avoir des opinions (...) toujours unanimes. Un milieu dans la démocratie libérale et pacifiée ne saurait être divisé." P. 106
Une interview de Éric Hazan ici.
Libellés : HAZAN Éric, médias, propagande
29 mai 2005. Les électeurs se sont prononcés majoritairement contre le Traité constitutionnel européen. Toutes les autorités qui se sont mobilisées en faveur de son adoption sont démocratiquement désavouées.
Dans les jours qui suivent, on a beau réajuster ses lunettes et tendre l’oreille, on ne lit, ne voit et n’entend rien qui vienne remettre en question la débâcle des médias dominants. On se dit ironiquement : « C’est sûr : tous les chroniqueurs et éditorialistes, donneurs de leçon à tous vents et spécialistes de l’autocritique des autres, ne vont pas tarder à s’interroger sur leur implication et sur celle des médias qu’ils orientent. Et, si cela advient, ce sera, une fois de plus, après avoir reconnu quelques erreurs vénielles, pour n’en tirer aucune conséquence ».
Les mois passent. Toujours rien. En guise de bilan proposé par les sommités du journalisme, ceci : non seulement l’échec de leur engagement forcené en faveur de l’adoption du Traité n’aurait pas infirmé l’excellence de leur travail, mais il aurait même confirmé son innocuité. La preuve, disent-ils, devenus soudainement modestes, que notre pouvoir est limité, c’est qu’il s’est révélé apparemment sans effet.
Apparemment... Car parmi d’autres « pouvoirs », les médias disposent de celui de se faire oublier ou, plus exactement, d’entretenir l’amnésie sur leurs œuvres passées quand celles-ci ne coïncident pas avec les contes et légendes du « quatrième pouvoir ». Le premier objet de ce livre est donc de proposer un aide-mémoire pour que celles et ceux qui, journalistes inclus, ont eu à subir l’omniprésence et l’arrogance de l’oligarchie qui trône au sommet de l’espace médiatique, n’oublient pas. Et ne négligent pas, s’ils sont tentés de le faire, d’en tirer quelques conséquences.
Pour lutter contre l’amnésie, pour nous préparer aux prochaines orchestrations si rien ne change, et surtout pour contribuer aux combats nécessaires pour que cela change, « Médias en campagne » s’efforce de montrer comment et pourquoi, à l’occasion du référendum de 2005, les médias dominants ont imposé, sous couvert d’ « équité », de « pédagogie » et de « démocratie », un pluralisme tronqué, une propagande masquée et un débat démocratique amputé.






































